Bien sûr, 50 km séparent la 1ère séance de la 3ème.
Et en réalité, je sais que je rentrerai chez moi une heure plus tard que prévu, chaque élève tentant de me grapiller 10-15 précieuses minutes (que je cède fort volontiers tout en pensant à l'élève suivant qui m'attend), les parents me retenant parfois pour recueillir mon avis ou me rétribuer (mais je ne m'en plaindrai guère), et les petits problèmes de circulation faisant le reste.
Évidemment, à 20h30, je n'aurai pas encore déjeuné, et encore moins dîné.

Il est bientôt 17h30, et je viens de terminer mes deux premières séances. Les deux élèves en question sont en terminale S, se font toutes deux remarquer par une forte motivation, et il leur en faut car leurs difficultés sont bel et bien réelles.
À chaque instant, il me faut expliquer les notions récemment vues en classe, essayer de comprendre ce qui peut bloquer dans la "mécanique" mise en oeuvre par l'élève, me plonger dans son cours pour vérifier que les propriétés sont bien énoncées telles que je les ai moi-même apprises (et sinon modifier mon discours), imaginer des exercices d'application car ceux du manuel ne conviennent pas toujours (ou du moins je passe trop de temps à mon goût à les chercher), revenir parfois sur des notions anciennes, trouver des exercices un peu ludiques pour varier les plaisirs et prévenir la lassitude.
Bref, il faut à tout moment improviser, et c'est ce qui me plait dans ce métier, parce que c'est intellectuellement stimulant et enrichissant.
Ainsi il est 17h30, et je me rends, en retard et avec un peu d'appréhension chez un élève de 1ère S que je rencontre pour la première fois, et dont le papa m'a prévenu la veille qu'il était complètement perdu.
Je sens qu'il va falloir assurer.
Les présentations d'usage étant faites, mon nouvel élève évoque son 12-13 de moyenne en seconde, ainsi que son impression de ne rien comprendre en ce début d'année. Il me présente le sujet du DS qu'il a "subi" le matin et dans lequel il s'est manifestement "vautré".
Au risque de produire l'effet opposé à celui escompté, je lui annonce que son sujet ne présente pas de difficulté particulière, et que je vais m'attacher à le lui montrer.
Je grifonne deux-trois explications sur un coin de brouillon, assez vite comme à mon habitude.
Dans chaque situation, l'élève acquiesce et se lance immédiatement dans les exercices sans grandes hésitations.
Pas d'erreurs de signes (ou si peu), ce qui est rare, et durant deux heures, le capot de la calculatrice reste rabattu, ce qui est tout aussi rare.
Mon élève compte de tête, et vite.
Il n'a visiblement pas retenu toutes les notions du cours, mais dès que je les lui enseigne, il percute, les manipule aisément, et trouve rapidement les résultats.
Très vite, je le laisse travailler en ne le contrôlant que d'un oeil, alors que je cherche des exercices sortant de l'ordinaire.
En une heure, nous avons intégralement refait son DS prévu pour 1h25, alors que nous nous sommes autorisés révisions de cours et digressions diverses.
À ce stade, mon avis est quasi définitif, j'ai affaire à un élève qui a toujours réussi sans quasiment travailler et qui est en train de se rendre compte que ce n'est plus possible.
Mon élève est un matheux, et ça se voit.
Il ne me reste plus qu'à lui faire admettre qu'il est capable de réussir seul sa scolarité jusqu'au bac et qu'en conséquence je peux difficilement imaginer le prendre en charge comme un "élève en situation d'échec".
Sans doute ai-je pris le risque de perdre un élève, mais c'est ainsi que je conçois mon travail.
Bien sûr, si l'objectif change pour devenir la constitution d'un dossier solide assorti d'un 17-18 au bac, je reconsidérerai la question. ;-)