On ne travaillera peut-être pas longtemps ensemble...
Par Arnaud le vendredi 3 octobre 2008, 03:45 - Anecdotes de mon quotidien de prof - Lien permanent
Un mercredi comme les autres, journée dense bien que relativement courte à
cette période de l'année.
J'ai prévu d'enchaîner trois séances de deux heures de cours chacune, la
première débutant à 12h15, la dernière devant terminer à 19h30.
Bien sûr, 50 km séparent la 1ère séance de la 3ème.
Et en réalité, je sais que je rentrerai chez moi une heure plus tard que prévu,
chaque élève tentant de me grapiller 10-15 précieuses minutes (que je cède fort
volontiers tout en pensant à l'élève suivant qui m'attend), les parents me
retenant parfois pour recueillir mon avis ou me rétribuer (mais je ne m'en
plaindrai guère), et les petits problèmes de circulation faisant le
reste.
Évidemment, à 20h30, je n'aurai pas encore déjeuné, et encore moins dîné.
Il est bientôt 17h30, et je viens de terminer mes deux premières séances. Les
deux élèves en question sont en terminale S, se font toutes deux remarquer par
une forte motivation, et il leur en faut car leurs difficultés sont bel et bien
réelles.
À chaque instant, il me faut expliquer les notions récemment vues en classe,
essayer de comprendre ce qui peut bloquer dans la "mécanique" mise en oeuvre
par l'élève, me plonger dans son cours pour vérifier que les propriétés sont
bien énoncées telles que je les ai moi-même apprises (et sinon modifier mon
discours), imaginer des exercices d'application car ceux du manuel ne
conviennent pas toujours (ou du moins je passe trop de temps à mon goût à les
chercher), revenir parfois sur des notions anciennes, trouver des exercices un
peu ludiques pour varier les plaisirs et prévenir la lassitude.
Bref, il faut à tout moment improviser, et c'est ce qui me plait dans ce
métier, parce que c'est intellectuellement stimulant et enrichissant.
Ainsi il est 17h30, et je me rends, en retard et avec un peu d'appréhension
chez un élève de 1ère S que je rencontre pour la première fois, et dont le papa
m'a prévenu la veille qu'il était complètement perdu.
Je sens qu'il va falloir assurer.
Les présentations d'usage étant faites, mon nouvel élève évoque son 12-13 de
moyenne en seconde, ainsi que son impression de ne rien comprendre en ce début
d'année. Il me présente le sujet du DS qu'il a "subi" le matin et dans lequel
il s'est manifestement "vautré".
Au risque de produire l'effet opposé à celui escompté, je lui annonce que son
sujet ne présente pas de difficulté particulière, et que je vais m'attacher à
le lui montrer.
Je grifonne deux-trois explications sur un coin de brouillon, assez vite comme
à mon habitude.
Dans chaque situation, l'élève acquiesce et se lance immédiatement dans les
exercices sans grandes hésitations.
Pas d'erreurs de signes (ou si peu), ce qui est rare, et durant deux heures, le
capot de la calculatrice reste rabattu, ce qui est tout aussi rare.
Mon élève compte de tête, et vite.
Il n'a visiblement pas retenu toutes les notions du cours, mais dès que je les
lui enseigne, il percute, les manipule aisément, et trouve rapidement les
résultats.
Très vite, je le laisse travailler en ne le contrôlant que d'un oeil, alors que
je cherche des exercices sortant de l'ordinaire.
En une heure, nous avons intégralement refait son DS prévu pour 1h25, alors que
nous nous sommes autorisés révisions de cours et digressions diverses.
À ce stade, mon avis est quasi définitif, j'ai affaire à un élève qui a
toujours réussi sans quasiment travailler et qui est en train de se rendre
compte que ce n'est plus possible.
Mon élève est un matheux, et ça se voit.
Il ne me reste plus qu'à lui faire admettre qu'il est capable de réussir seul
sa scolarité jusqu'au bac et qu'en conséquence je peux difficilement imaginer
le prendre en charge comme un "élève en situation d'échec".
Sans doute ai-je pris le risque de perdre un élève, mais c'est ainsi que je
conçois mon travail.
Bien sûr, si l'objectif change pour devenir la constitution d'un dossier solide
assorti d'un 17-18 au bac, je reconsidérerai la question. 



Commentaires
Bon, c'est assez positif pour lui s'il doit juste travailler une demie chouille de plus. Par contre hum... Comment le lui faire admettre ?
En lui expliquant, c'est mon job. Et je crois que le message est passé.
Les distances que vous parcourez sont impressionnantes, pour le nombre d'heures travaillées à chaque intervention... La majorité de vos élèves sont plutôt proches de votre domicile, ou pas ? Pour ma part, j'essaye de rester au maximum à 20 km (beaucoup de personnes âgées, je peux les aider plus rapidement en cas d'urgence, et ma voiture n'est pas neuve !)
Je suis convaincue qu'ils font beaucoup de progrès et prennent confiance en eux, vu votre méthode de travail.
Il m'arrive également de perdre un contrat éventuel, parce que je leur conseille de contacter leur caisse de retraite ou mutuelle. Ils ont souvent des droits qu'ils ignorent, et bien entendu les organismes travaillent la plupart du temps avec des partenaires. C'est pas grave, je suis contente car ils me disent qu'ils auraient bien aimé me faire travailler. Je leur répond qu'ils peuvent toujours m'appeler pour de l'occasionnel...
La distance n'est pas un obstacle majeur, dans la mesure où j'estime que je suis relativement bien payé, et que par ailleurs j'aime rouler.
Je n'ai pas de problèmes majeurs de voiture, justement parce qu'elle est robuste et vieille, donc facile à entretenir et que j'assure seul l'essentiel de son entretien (les mauvaises langues répondront "ça se voit !"). Mais je comprends que le coût du déplacement puisse être un obstacle.
C'est surtout sur le temps de déplacement que je pose une limite.
Généralement, je ne m'éloigne pas de plus de 30 minutes de mon domicile, je vais éventuellement à 45 minutes si mon élève est motivé, mais jamais au-delà.
Pour que le temps de déplacement ne dérape pas trop, je les planifie en fonction des heures et lieux d'embouteillage, de façon à remonter les bouchons plutôt que de me lancer dedans.
Je calcule également au plus juste mes itinéraires (merci Google Maps).
Pour la même raison, je prends peu de cours au centre de Nantes, pourtant très proche de mon domicile, car il est très difficile de s'y garer, et que l'alternative (transports en commun) est trop gourmande en temps bien qu'elle ait ma préférence.
S'agissant de votre dernière observation, vous avez raison de conseiller utilement vos prospects, car ces personnes se rappelleront de vous et pourront conseiller à d'autres personnes de venir vers vous.
C'est sûr, qu'il est parfois plus facile de quitter les grandes villes, que d'essayer de s'y garer ! J'ai la chance d'habiter l'intra-muros d'Avignon : une demi-heure de marche pour le traverser !