Bourrique !
Par Arnaud le vendredi 5 décembre 2008, 18:08 - Anecdotes de mon quotidien de prof - Lien permanent
Il arrive parfois que des élèves que j'ai classés dans la catégorie
"indécrottables cancres" réservent d'agréables surprises.
Car oui, j'ai la faiblesse d'avoir mes têtes, même si bien sûr je ne fais pas
état de mes préférences devant mes élèves.
Une de mes élèves (je l'appellerai Nolwenn) répondait l'été dernier aux
caractéristiques nécessaires pour apparaître dans la catégorie des cancres.
D'ordinaire, mes élèves féminines, qu'elles soient douées ou non, font
preuve d'une volonté de travailler plus ou moins affirmée. Plus rarement, elles
déploient des trésors d'ingéniosité pour faire semblant.
Mais là, je faisais face à un type nouveau de jeune fille, en tout cas pour
moi, le type "encore plus fumiste qu'un mec ado".
Bornée, des postures peu propices au travail, constamment sur la défensive,
bondissant sur sa Casio au
moindre calcul et tentant à chaque instant de faire dériver la séance vers
le sempiternel débat "à quoi ça sert les maths ?", avec des arguments très bien
sentis comme "ça sert à rien les maths".
Dès le début j'avais compris que j'avais affaire à une forte tête qu'il
convenait de traiter comme telle, et comme mon statut de d'intervenant
indépendant me permet de faire usage de mon franc-parler, je la traitai plus
d'une fois de bourrique, lui confisquai sa calculatrice comme s'il s'agissait
d'une console de jeu, et usai à plusieurs reprises du ton impérieux qui me sert
à me faire respecter des jeunes enfants.
Après plusieurs séances estivales sans doute aussi éprouvantes pour Nolwenn que
pour moi, je ne pensais plus la revoir, nos derniers échanges électroniques
ayant été assez houleux.
Je n'en étais pas fâché, préférant me consacrer à des élèves plus coopérants
(et oui, mon statut me permet aussi de quasiment choisir mes élèves, je sais,
j'ai trop d'la chance).
Nolwenn me relança cependant il y a une quinzaine de jours pour organiser une
nouvelle séance, que je finissai par accepter avec beaucoup
d'appréhension.
Une fois sur place, je m'aperçus très vite que mon élève écoutait mes conseils
et acceptait de réfléchir à la place de sa calculatrice.
Au bout d'une demi-heure, elle me présenta son dernier DS. C'est là que je
compris la raison de cette séance, puisque c'était tout bonnement une
catastrophe.
Je lui faisai à cette occasion constater que le niveau requis pour réussir cet
examen était tout à fait à sa portée, mais aussi que les observations inscrites
sur sa copie étaient très semblables à celles que je venais de lui prodiguer
avant même de l'avoir vue.
Je lui faisai enfin observer que si elle avait écouté mes conseils depuis
quelques mois, elle s'en serait bien mieux sortie.
À chaque fois, Nolwenn acquiesçait, ponctuant son accord de "tain, c'est trop
bête".
Et oui, c'était trop bête d'échouer ainsi.
Mais pour moi, c'était "trop bien" de voir que mon élève avait grandi, et que
j'y étais sans doute pour quelque chose.



Commentaires
C'est effectivement un gros plus pour nous que de pouvoir choisir nos élèves, je dirais plutôt de les "virer" lorsque l'on se rend compte que nos cours ne servent à rien...
J'ai un élève "limite" en ce moment. Il est en Tale ES, pas bête mais fainéant, il ne travaille pas son cours, il ne fait pas les exos que je lui donne,...
Et surtout le gros souci ce sont les parents qui payent mes cours, ne voient pas de résultats, et plus ou moins indirectement me font comprendre que puisqu'ils payent, ils veulent des résultats...
Dernier échange avec la maman :
"Madame, j'ai donné 3 exercices à Arthur [ce n'est pas son vrai nom...] la semaine dernière, il ne les a même pas regardés..."
"Mais les jeunes ne travaillent pas, Monsieur ! Ils ont leurs copains, leurs sorties, c'est dur pour eux de travailler, vous comprenez ?"
Oh que oui, je comprends... Hélas...