D'ordinaire, mes élèves féminines, qu'elles soient douées ou non, font preuve d'une volonté de travailler plus ou moins affirmée. Plus rarement, elles déploient des trésors d'ingéniosité pour faire semblant.
Mais là, je faisais face à un type nouveau de jeune fille, en tout cas pour moi, le type "encore plus fumiste qu'un mec ado".
Bornée, des postures peu propices au travail, constamment sur la défensive, bondissant sur sa Casio au moindre calcul et tentant à chaque instant de faire dériver la séance vers le sempiternel débat "à quoi ça sert les maths ?", avec des arguments très bien sentis comme "ça sert à rien les maths".
Dès le début j'avais compris que j'avais affaire à une forte tête qu'il convenait de traiter comme telle, et comme mon statut de d'intervenant indépendant me permet de faire usage de mon franc-parler, je la traitai plus d'une fois de bourrique, lui confisquai sa calculatrice comme s'il s'agissait d'une console de jeu, et usai à plusieurs reprises du ton impérieux qui me sert à me faire respecter des jeunes enfants.
Après plusieurs séances estivales sans doute aussi éprouvantes pour Nolwenn que pour moi, je ne pensais plus la revoir, nos derniers échanges électroniques ayant été assez houleux.
Je n'en étais pas fâché, préférant me consacrer à des élèves plus coopérants (et oui, mon statut me permet aussi de quasiment choisir mes élèves, je sais, j'ai trop d'la chance).
Nolwenn me relança cependant il y a une quinzaine de jours pour organiser une nouvelle séance, que je finissai par accepter avec beaucoup d'appréhension.
Une fois sur place, je m'aperçus très vite que mon élève écoutait mes conseils et acceptait de réfléchir à la place de sa calculatrice.
Au bout d'une demi-heure, elle me présenta son dernier DS. C'est là que je compris la raison de cette séance, puisque c'était tout bonnement une catastrophe.
Je lui faisai à cette occasion constater que le niveau requis pour réussir cet examen était tout à fait à sa portée, mais aussi que les observations inscrites sur sa copie étaient très semblables à celles que je venais de lui prodiguer avant même de l'avoir vue.
Je lui faisai enfin observer que si elle avait écouté mes conseils depuis quelques mois, elle s'en serait bien mieux sortie.
À chaque fois, Nolwenn acquiesçait, ponctuant son accord de "tain, c'est trop bête".
Et oui, c'était trop bête d'échouer ainsi.
Mais pour moi, c'était "trop bien" de voir que mon élève avait grandi, et que j'y étais sans doute pour quelque chose.