La plupart des grands acteurs du soutien scolaire en France en ont pris pour leur grade dans ce reportage, y compris ceux qui bénéficiaient encore d'une excellente réputation.

Pour ma part, je ne suis pas très étonné du contenu de ce documentaire.
En effet, grâce (devrais-je dire "à cause") à ma bonne visibilité sur le web, plusieurs enseignes nantaises me contactent régulièrement (au moins une fois par mois en ce moment), et mes constats sont les suivants :

  • j'ai à chaque fois le sentiment d'avoir affaire à une personne aux abois, il leur faut un intervenant très vite, et mon recrutement est assuré à quasiment 100%,
  • on me fait des propositions de cours qui excèdent mes compétences, alors que mon site web est je pense assez clair au sujet de mon profil,
  • la discussion vire souvent à l'échange surréaliste quand on parle de rémunération ; mes interlocuteurs sont toujours étonnés du niveau de mes prétentions, comme s'ils trouvaient normal de payer un professeur au même tarif qu'une femme de ménage.

Cela étant dit, certaines choses ne sont pas dites dans ce reportage qui, à mon avis, a le défaut d'être très impartial et relativement peu constructif (comme souvent chez "Envoyé Spécial", toujours à mon avis).
On a le sentiment que les profs d'enseignes sont tous nuls, et c'est évidemment faux, j'en ai rencontré des compétents (moi par exemple ;-) ), qui parfois enseignaient en établissement.
Le principal défaut reproché aux enseignes est de manquer de transparence quant aux compétences réelles de leurs intervenants. Il y a là probablement plus qu'un fond de vérité, mais dans tout métier, il ne peut y avoir de personnes expérimentées que s'il y a des débutants...
Il faut reconnaître aux acteurs du soutien scolaire le mérite d'avoir lancé et de lancer des intervenants.
Leur vrai défaut à mes yeux (et je serais heureux qu'on me contredise) est leur incapacité à fidéliser leurs intervenants.
Chez eux, un professeur débutant est payé 10 à 13 euros, ce qui peut satisfaire un étudiant désargenté.
Un professeur expérimenté ? Même tarif.
Et encore je ne parle pas de l'indemnisation kilométrique déplorable, et de l'absence totale de moyens pédagogiques, contrairement à ce qui est affirmé aux familles.
Alors forcément, après un an ou deux à ces conditions, les bons professeurs partent, parce qu'ils ont trouvé mieux ailleurs.

Les questions qui se posent alors sont "que faire et comment faire ?".

Quelques idées, en vrac, pour vous, c'est cadeau (non, ne me remerciez pas) :

  • payer mieux les intervenants expérimentés ; comment ? En ayant le courage de dire aux familles qu'ils coûtent plus cher parce qu'ils valent plus cher.
  • leur offrir une écoute de leurs attentes et suggestions, et plus généralement un accès à la vie économique et sociale de l'entreprise (élections DP, CE, titres restaurant, politique d'intéressement, ces mots vous disent-ils quelque chose ?).
  • permettre aux intervenants l'accès à des salles de réunion, ordinateurs, copieurs, téléphone, manuels scolaires, afin qu'ils bénéficient de vrais outils de travail sans mettre toujours la main à la poche.
  • au-delà des sites flashys pour impressionner les parents mais qui en réalité n'offrent généralement aucune interactivité, mettre en place des outils collaboratifs pour leurs professeurs, des espaces d'échanges (le web 2.0 ce n'est pas non plus tout nouveau).

Je crois que l'enseigne qui réussira à répondre à ces attentes aura fait un grand pas...

Voir le reportage sur le site de France 2.